Troisième boulot

Après avoir été community manager (un peu esclave et assez mal traitée) dans une agence web marketing, après avoir été serveuse (carrément esclave et hyper mal traitée) dans une salle de mariages, j’ai trouvé un nouveau job ! Bon, je suis encore en période d’essai pour le moment mais vu que mon travail est accessible publiquement, on va dire que j’ai le droit de vous le raconter.

Je suis traductrice pour un site web d’actualités consacré à Israël et au monde juif. Mon rôle ? Traduire les articles de l’anglais vers le français. JE SAIS BIEN que c’est pas comme ça que je vais m’améliorer en hébreu, ne me regardez pas comme ça. Sachez que c’est un boulot à mi-temps, ce qui me laisse le temps de faire les fiches d’exercices de Serge Frydman sur Facebook.

Mais revenons à nos traductions.

Le travail est, je dois le reconnaître, aussi crevant qu’enrichissant. Je vous explique comment ça marche : deux jours par semaine, je me connecte au chat Gmail, j’attends qu’on m’envoie le lien vers un article publié en anglais, je le traduis, je le renvoie et j’en reçois un autre. Et ainsi de suite, le tout pendant HUIT HEURES d’affilée. J’ai juste une petite demi-heure de pause au milieu pour aller faire pipi, grignoter un morceau et me mettre des gouttes bleues d’Innoxa dans les yeux (j’en profite pour vous recommander ce produit qui fait un bien fou aux mirettes quand on passe sa journée non-stop devant un écran).

C’est un rythme hyper soutenu et, comme il s’agit d’actualités en Israël, il faut faire preuve de flexibilité et s’arrêter en plein milieu d’une traduction pour se consacrer à un article plus récent. En cas de collègue malade, on me demande si je peux le remplacer au pied-levé. Il y a aussi des demandes du jour pour le lendemain. C’est comme ça que je me suis retrouvée à bosser de 10h à 20h dimanche et que j’ai du travail tous les jours de cette semaine. Pourquoi pas après tout ? C’est comme si mon mi-temps était un plein temps.

Tous les sujets que je traite sont relatifs à l’actualité mais l’éventail est extrêmement varié : traduction généraliste sur les violences qui (hélas) secouent le pays sans discontinuer, traduction juridique sur une législation qui va entrer en vigueur sur l’âge minimum pour envoyer les jeunes terroristes en prison, traduction informatique sur des attaques visant les systèmes israéliens… J’attends avec impatience qu’on me fasse traduire une recette de houmous pour aborder la traduction gastronomique que j’affectionne tout particulièrement mais je n’y crois que très moyennement. Ce matin j’ai traduit un article consacré à l’enterrement du soldat de 19 ans qui s’est fait tuer dimanche soir à Beer Sheva et j’ai pleuré toute seule devant mon écran, le coeur rempli de tristesse. Hier j’ai traduit un article sur les projets de certains membres du Fatah et j’avais envie de défoncer mon ordi. La semaine dernière j’ai traduit un article qui racontait comment un homme turc et musulman enseigne l’antisémitisme à des lycéens en Allemagne et je me demandais pourquoi cet homme était le seul à mener une si noble mission. Tous les articles que je traduis m’intéressent et m’enrichissent, je finis toujours mes journées la tête pleine et avec le sentiment d’avoir beaucoup appris.

Mais je suis assez (pour ne pas dire très) frustrée par le rythme et les exigences. Il y a beaucoup à traiter, c’est un fait. En ce moment, ça n’arrête pas. Du coup, on me presse pour que je traduise un maximum d’articles en un minimum de temps. Et ça, pour moi qui suis une perfectionniste à la limite de la psycho-rigidité (je le sais, je le reconnais et je l’assume pleinement), c’est terrible. Ce que j’aime quand je fais une traduction, c’est décortiquer chaque mot et lui trouver le meilleur équivalent, tourner et retourner les phrases dans tous les sens pour trouver l’ordre le plus cohérent, me renseigner sur mon sujet, prendre le temps de lire et relire mon article, passer des heures la tête dans le dictionnaire des synonymes pour dénicher LA bonne occurrence, pondre un titre percutant, laisser mon texte reposer et le revoir le lendemain avec un oeil neuf… La traduction est pour moi un travail d’orfèvre qui exige de la rigueur, de la méticulosité et… du temps. Beaucoup de temps. Or, ce n’est pas du tout comme ça que ça marche ici. Le plus important, m’a-t-on dit, c’est le rythme. Si je fais une faute c’est pas grave, il y a quelqu’un qui repasse et relit derrière moi.

Oh. OK.

En fait, je travaille à la chaîne.

Ce midi il me restait une heure et cinq textes à traduire. J’ai dit que c’était impossible, que je ne pouvais ni boucler ni bâcler ces traductions. J’en ai fait deux et j’ai évidemment fini en retard mais au moins j’ai rendu deux articles de qualité. Je suis désolée mais je ne peux en aucun cas me résoudre à effectuer un travail approximatif sous prétexte que l’actualité n’attend pas et que je dois me grouiller pour traduire plus. Je ne peux pas. C’est tout. Ce n’est pas comme ça que j’ai appris à travailler et ce n’est pas comme ça que je suis. C’est tout.

Je verrai comment vont évoluer les choses et surtout, je verrai s’ils vont me garder. S’ils ne m’embauchent pas parce qu’ils me trouvent trop lente, je n’aurai rien à regretter, ce sera tant pis. Mais s’ils me gardent, ce que j’espère, je serai contente et je continuerai à passer des journées éreintantes mais instructives.

translator

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