Pas de mots

Le grand jour des résultats du contrôle final est arrivé. J’ai profité du fait que ma soeur soit à l’oulpan pour lui demander d’aller me les chercher en priant secrètement pour qu’ils soient bons. Pour mémoire j’étais partie du niveau Aleph aleph (c’est-à-dire le ras des pâquerettes), j’avais progressé d’un niveau et y étais restée. J’étais donc en Aleph 1. La logique voulait que je finisse avec un niveau Bèt (la lettre du dessus). C’était ce à quoi je m’attendais, un bon Bèt plus. D’ailleurs j’avais déjà préparé des jeux de mots dans ma tête à base de “Je ne suis pas si Bèt” ou “Je suis moins Bèt que j’en ai l’air” et autres (ma propre bêtise m’amuse, c’est bien, au moins je suis bon public avec moi-même).

Et voilà que mon résultat m’arrive par photo sur mon iPhone. Le résultat se présente sous la forme d’une lettre (aleph, bet, guimel, daleth, etc.) et d’un score sur 100. J’ouvre vite la photo et tombe sur un 73 précédé d’un Guimel. Je bondis de joie puis réalise soudain que ce ne sont pas mes résultats mais ceux de mon ex-coloc Steph qui, elle, était au niveau Bèt en classe (j’ai demandé à ma soeur de les récupérer aussi). Je regarde donc le nom et le prénom écrits au-dessus et je me rends compte que ce sont bien MES résultats à MOI.

Moi, Laëtitia. Moi qui ai appris les premières lettres de l’alphabet hébreu dans mon lit d’hôpital l’année dernière quand mon cerveau était la seule chose qui marchait chez moi, moi qui suis partie sans presque rien savoir, moi qui passe mon temps à douter et à me sous-estimer… J’ai finalement réussi à atteindre un objectif qui me semblait pourtant irréalisable.

Quand j’ai compris que ce Guimel était pour moi, un “Putain” des plus grossiers m’a échappé. Les messieurs du bureau d’à côté m’ont demandé si j’avais un problème et je leur ai dit que non, au contraire. Et là je me suis mise à pleurer. Des larmes de joie, de soulagement, de surprise et d’émotion que je n’ai pas pu contrôler. J’étais heureuse. Et tellement fière ! La dernière fois que j’avais ressenti ça, c’était pour les résultats du bac, quand je n’avais pas trouvé mon nom sur le panneau des admis et que je croyais avoir foiré alors qu’en fait mon nom était inscrit sur le panneau des mentions. Une chose incroyable à laquelle on ne s’attend pas, un sentiment de bonheur tellement puissant… Comme quoi tout arrive, même à presque 32 ans !

Ce Guimel était inespéré.

Mon travail a payé. J’ai bossé sans relâche chaque jour, ai loupé très peu de cours, ai toujours fait mes devoirs (voire plus), j’ai été dans la tête du renard, dans la queue du lion et enfin dans la crinière, je me souviens de mes débuts bredouillants à la gare des bus quand je partais pour Chabbat à Ashquelon, mes lignes d’écriture, mes dix phrases par soir puis les longs textes que j’écrivais et que ma prof corrigeait, mes fiches de grammaire, mon petit jeu de cartes avec les verbes, mes moyens mnémotechniques pour apprendre le vocabulaire, mes textos en hébreu… Et aujourd’hui je suis au-delà du bonheur. Si vous me cherchez, je pense que vous pourrez me trouver au-dessus des nuages, en train de planer là où tout est beau et calme.

Je redescendrai quand même de cet endroit un jour ou l’autre parce que la vie continue et qu’il serait temps que je me bouge les fesses pour trouver un oulpan du soir et me perfectionner. Mais en attendant, j’ai un sourire débile collé sur le visage et je n’arrive pas à l’enlever.

Je n’ai pas reçu d’Oscar, je sais, mais je voulais quand même vous remercier. Si vous lisez ce blog, c’est que vous m’accompagnez depuis le début, que vous suivez mes efforts et mes progrès et que vous m’avez parfois (voire souvent) encouragée. Alors je vous dis merci pour votre soutien, merci d’y avoir cru à ma place, merci pour les bonnes ondes et les “Bonne chance” que vous m’avez envoyés, merci d’être là pour moi et de m’apporter ce réconfort si important, merci infiniment de m’aider à faire de cette nouvelle étape une page incroyable de ma vie.

PS : je m’excuse pour toutes les phrases niaises et dignes de sitcoms, pour l’excès de sucre et l’usage déraisonnable de superlatifs mais c’est de la faute de l’émotion (le bureau des plaintes est ouvert tous les jours de 9h à 18h).

PS 2 : la prochaine fois je vous parlerai de la canicule et ça sera moins drôle

עוד פעם תודה

הרבה אהבה

לטיסיה
  

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