J+3

Je crois que je n’ai jamais dit autant “Je t’aime” et “Tu vas me manquer” de toute ma vie. Moi qui fais de mon mieux au quotidien pour planquer mon sentimentalisme exacerbé sous une couche plus ou moins épaisse de pudeur, en ce mardi 13 janvier, je ne me suis même pas retenue, la grande occasion faisant le larron. Après des semaines d’angoisse logistique à trier tout le contenu de mon appartement, de mon armoire et de mes tiroirs, à faire des choix cornéliens (je la prends ou je la laisse, cette lampe ?), je n’avais même pas encore eu le temps d’être triste ou hésitante. Autant dire que quand je me suis retrouvée toute seule à la sécurité de l’aéroport après avoir dit au-revoir au moins mille fois à mes sœurs et mes parents, j’ai eu un sacré choc. Ça y est, le grand bain. Et pas de brassards. (même pas une frite)

Dans l’avion, j’ai retrouvé quelques gens de mon oulpan. L’ambiance était digne d’une colonie de vacances. Tout le monde passait un dernier coup de fil à un ami, ça WhatsAppait de partout, on sentait l’urgence de dire son dernier mot… Il y avait même une fille qui avait sur ses genoux un maxi paquet de Shockobons pour se réconforter. Moi je me suis mise au fond de l’avion, toute seule, sans larmes ni Kinder, mais avec beaucoup de questions. J’ai mangé, j’ai dormi et j’ai quand même demandé un Shockobon à Salomé quand nous avons atterri à Tel Aviv. Le fait d’être en groupe évite de se laisser aller à la déprime la plus élémentaire et ça a rendu les premières formalités administratives moins pénibles. On était tous dans la même situation alors on se rassurait mutuellement, on se racontait nos vies, on se réconfortait avec des câlins… Au moins, on ne se sentait pas seuls. Autre avantage non négligeable : quand il y a des garçons dans le lot, c’est plus facile de mettre les valises de 50 kilos sur le charriot. Chère Simone de Beauvoir, ne m’en veux pas mais j’étais vraiment au bout.

L’arrivée au campus de Jerusalem a été une douche froide. Même si je ne m’attendais pas à un palais et que j’ai l’habitude des petites surfaces, j’ai eu un choc en découvrant ce qui allait être ma nouvelle maison pour les cinq prochains mois : pas de chauffage (du tout), des chambres pas (très) propres, une armoire pas spacieuse à partager avec ma future coloc, une salle de bains qui donne envie de se pendre ou d’inventer le gel douche sec (voire les deux) et un pauvre petit lit une place avec un matelas moins épais qu’un blinis Leader Price. Résultat : j’ai dormi habillée avec des couches de vêtements par-dessus ma couverture en essayant de ne pas bouger mais j’ai tout de même passé la pire nuit de ma vie. Même Princesse Sarah aurait ri si elle m’avait vue.

Le lendemain je n’ai même pas osé prendre de douche. Nous avons eu des réunions d’informations, visité le campus, fait des courses en ville, les choses ont commencé à se mettre en place. À la fin de la journée, j’avais :
– une nouvelle couette géante (220×220) pour dormir dans de meilleures conditions
– une carte d’étudiante avec une photo floue et mal découpée
– une coloc française sympa mais qui a décidé de nettoyer tout l’appartement à la javel pure (RIP mes yeux)
– toujours pas défait ma dernière valise
– pris deux repas à la cantine du campus en regrettant amèrement les cours de l’école de cuisine d’Alain Ducasse
– même pas pleuré une seule fois (malgré la javel)
– très sommeil

J’ai en effet mieux dormi grâce à ma couette mais la nuit a été de courte durée : debout à 7 heures. J’ai pris une douche qui a duré moins d’une minute tellement il faisait froid dans la salle de bains et je me suis dépêchée de prendre le bus pour aller faire ma carte d’identité au ministère de l’Intérieur. Sur place, j’ai trouvé des camarades de l’oulpan que je ne connaissais pas : Richard le Sud Africain, Talia la New Yorkaise, Patricia l’Espagnole, Daniela la Péruvienne, Nick le Britannique. C’était sympa de rencontrer de nouvelles personnes et de parler un mélange d’hébreu, d’anglais et d’espagnol avec eux. La procédure n’a pas été aussi longue ou compliquée que je me l’imaginais et j’étais toute fière quand on m’a remis le précieux sésame qui faisait de moi une citoyenne israélienne.

De retour au campus sous une pluie battante, j’ai déjeuné en vitesse avec une nouvelle copine américaine. Puis direction la gare de Jerusalem et le bus pour Ashqelon. La perspective de passer le Chabbat chez ma cousine Alex, de poser mes fesses sur un canapé et de voir des membres de ma famille m’a aidée à tenir le coup quand la pluie a commencé à pénétrer dans mes UGGs et ma capuche. Après 3 heures de trajet dans un bus avec WiFI (amen), je l’ai enfin retrouvée. Au programme de ces deux prochains jours : un resto, la vie dans un vrai appartement bien chauffé, un bon lit et une salle de bains digne de ce nom. Et ne pas penser au retour de samedi soir. Je suis pas encore prête.

שבת שלום לכלם

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