Courrier à l’heure d’hiver

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Le passage à l’heure d’hiver est passé depuis une semaine seulement et pourtant, ici on se l’est pris de manière assez violente.

J’avoue que la première nuit, l’effet a été plutôt appréciable, j’ai eu l’impression de faire un tour de cadran. Mais quand j’ai vu le soleil se coucher à même pas 17 heures le lendemain, autant dire que j’étais tout de suite carrément moins ravie. Autant s’y habituer, maintenant c’est comme ça que ça se passe :

Le matin : tout va bien. Il fait beau et chaud, le peuple est heureux.
Le midi : on a déjà l’impression qu’il est 14 heures.
A 14 heures (justement) : on dirait que c’est l’heure du goûter
A 15 heures : il commence à faire un peu frisquet. Si on est à la plage, faut rentrer.
A 16 heures : on se prépare au coucher de soleil
A 17 heures : le pull est de rigueur
A 18 heures : il fait nuit noire
A 20 heures : comment dire… Eh bien on a envie d’aller se coucher

Je vous épargne la suite mais, en un mot comme en cent, ce passage à l’heure d’hiver est carrément déprimant ! Le pire, c’est qu’au bureau j’ai les fenêtres en face de moi et que je vois le ciel tout noir à partir de 17 heures. Franchement, ça m’angoisse plus qu’autre chose. Mais bon, c’est comme ça ! Et comme ils disent dans la pub pour SFR “Et c’est pas fini !”. Les températures sont toujours agréables, pour ça je ne me plains pas, mais voir la nuit tomber si vite, ça a une influence (un peu trop forte) sur moi. Bon, vivement le printemps, réveillez-moi dans quatre mois, merci.

img_2958Et puisqu’on parle de décalage, j’ai reçu aujourd’hui du courrier qui date de septembre ! Mes cousines m’ont envoyé un super colis avec de jolis cadeaux pour mon anniversaire et je n’ai pu l’ouvrir que ce matin ! Je maudis la Poste israélienne à un point… Et j’ai aussi reçu une carte postale chorale de ma mère, mes soeurs, ma cousine, mes petits cousins et ma tante. Tout ça, il n’y a pas à dire, ça réchauffe mieux qu’un chocolat chaud quand il n’y a plus de soleil. Donc je suis très contente d’avoir reçu tout ça mais en même temps, je suis assez déçue d’avoir dû attendre tant de temps.

Mon père arrive demain, avec aussi quelques surprises pour moi. Je suis si heureuse ! Il n’y a rien qui ne me fait plus plaisir que d’avoir de la visite.

Avec tout ça, j’ai de quoi faire des réserves de joie pour me remplir le coeur les jours où le ciel devient trop noir trop vite.

A bientôt !

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Légendes d’automne

Soyons clairs : à Tel Aviv, c’est l’automne qui est une légende. Nous sommes fin octobre et je me promène toujours en tongs et short en jeans (oui oui, même pour aller au travail). En fait, c’est juste l’été qui ne finit pas. Le soir il fait un peu plus frais et je dors avec un drap sur moi (mais attention, la couette est restée rangée au placard). Bref, le froid c’est pas encore pour tout de suite ! Je ne vais pas m’en plaindre, surtout quand je vois la météo en France. Courage ! Si je pouvais vous envoyer des colis avec du soleil dedans, je le ferais (et même plusieurs fois par jour).
Le temps qu’il fait : sujet sur-traité. On passe à la suite, je n’en rajoute pas❤

Voilà donc trois semaines que je suis installée dans mon appartement. Plus la trace d’un seul carton, plus de résidus de gros scotch marron dégueulasse, plus de valises : ça y est. Ma maison est présentable. Le jardin a encore besoin d’un petit lifting mais à part ça je suis contente : j’ai un nouveau matelas que mon dos aime beaucoup, des rangements, plein de nouvelles petites choses (plus ou moins indispensables) achetées chez Ikea et Fox Home, j’ai commencé à accrocher quelques photos au mur et sur mon frigo. Bref, je suis chez moi. Et ça fait du bien.

Le matin je me lève assez tôt, je vais au travail à pied en longeant la mer et, quand je suis en retard ou d’humeur paresseuse (ce qui peut arriver), je prends le bus. Et il m’arrive d’avoir mauvaise conscience, j’avoue. Quand je suis en avance, je fais un crochet par le shouk ou par le traiteur סבתות משלמםת et je m’achète de quoi déjeuner : riz ou petites pâtes et mini schnitzels. C’est vraiment pratique car c’est à cinq minutes à pieds du boulot. Parfois, je cuisine à la maison et j’emporte ma gamelle, et parfois je prends un sandwich au pastrami (super bon) au Aroma (l’équivalent israélien de Starbucks, ndlr) juste en bas du travail. J’essaye de varier pour ne pas me lasser et je tâche de ne pas trop dépenser parce que ça va vite, mine de rien !

Comme mes journées finissent tôt (18 heures), ça me laisse le temps de faire encore pas mal de choses après le boulot. Je peux aller au shouk (encore lui !) acheter des fruits et des légumes chez mon marchand préféré qui est toujours sympa, je peux être flemmarde et prendre le bus, je peux aller flâner au centre commercial, je peux aller à la plage prendre des photos du coucher du soleil (ces derniers temps, je suis assez synchro mais ça ne va pas durer avec les jours qui raccourcissent !). Je suis vraiment contente car mon appart est super bien situé, je suis proche de tout et du coup, je peux quasiment tout faire à pied. Un vrai luxe. Quand je rentre du bureau à pied en longeant la plage, je me dis que j’ai une chance incroyable, comparé à toutes ces années de RATP. C’est une chance e et j’en ai conscience.

Le soir, soit je sors, soit je fais du rangement ou une machine, soit je regarde un film, soit je vais faire du sport. Encore une fois, je suis ravie de pouvoir vivre là où je suis car la mer est toute proche. Je vais courir jusqu’au port, parfois plus loin. La dernière fois j’ai poussé très très au Nord, j’étais même plus loin que l’aéroport de Sde Dov. J’étais épuisée mais trop fière. Ces petites sessions de sport en plein air me font énormément de bien. Elles me permettent de respirer, de m’aérer l’esprit et de me maintenir en forme. Et quel bonheur de sentir la brise et les embruns ! Autant dire que quand je rentre chez moi, je suis une loque. Je file sous la douche puis au lit et je m’endors encore plus vite qu’un bébé.

Le week-end, je profite de la plage (non, je ne me suis pas encore lassée !) et je vais aussi parfois à la piscine Gordon (mais de manière beaucoup moins fréquente car le prix de l’entrée est indécent). Si jamais il me manque quelque chose à la maison, j’ai trois supermarchés pas loin qui sont ouverts 24h/24 et 7j/7, c’est bien pratique. Le seul jour où ils sont fermés, c’est à Kippour. D’ailleurs en parlant de Kippour, c’était vraiment particulier. Tous les gens faisaient du vélo ou marchaient sur la route, profitant de l’absence de voitures. Vraiment, une expérience incroyable à vivre ! Je m’en souviendrai.

Voilà quelques petites photos.

A bientôt !

 

Installée 

Il y a tout juste un mois, je quittai Jérusalem pour Tel Aviv avec mes dizaines de valises, sacs et cartons. J’avais les bras chargés mais un emploi du temps vide, aucun plan à long terme, pas de perspectives d’avenir, pas d’appartement ni de boulot (pleurez, pleurez, je fais bien le Caliméro), juste un mois chez Sosso, “le temps de trouver”. 

Et me voilà, tout juste un mois plus tard, dans mon nouveau lit, entourée de bordel mais installée dans mon nouvel appartement. Après plusieurs visites, beaucoup de questionnements, de désillusions, de surprises, de rebondissements, d’endroits plus ou moins jolis, me voilà enfin chez moi. C’est petit, c’est joli, c’est bien situé, c’est meublé, c’est ensoleillé et je m’y sens bien. 

Les quatre prochains jours sont fériés et vont donc me laisser le temps de m’installer tranquillement, de défaire mes valises et de prendre mes marques. Ça y est, je suis chez moi ! Toute seule ! Finie la colocation après presque deux ans de Steph, Sandra et Sophie. Aujourd’hui, je reprends une vie de lonesome Telavivit. 

Seule ? Vraiment ? Pas tant que ça. Mes amies sont là et, très bientôt, mon père viendra. Tout est prêt pour le recevoir ! Vous aussi vous avez envie de venir ? Je vous attends ! Si ça peut aider, sachez que j’habite à 5 petites minutes à pied de la plage… Alors, tentés ?

À bientôt !

Tel Avivisme


Voilà 14 jours que je suis officiellement une habitante de la Ville Blanche.

Blanche, ce n’est pas exactement la couleur de ma peau qui absorbe chaque jour une quantité plus ou moins importante de soleil. Nous sommes mi-septembre et pourtant la chaleur n’a toujours pas songé à déserter, le temps est au beau fixe tous les jours sans exception. Oui, je sais que ça fait rêver. Mais je dois avouer qu’il m’arrive parfois d’envier les personnes que je vous à la télé avec des chemises, des pulls, des gilets… Oui, oui, je fantasme sur les fringues d’hiver ! Je ne pensais pas que ça pourrait m’arriver un jour mais voilà un drôle d’effet secondaire de la vie à Tel Aviv.

J’ai trouvé un travail qui me plaît beaucoup et pour lequel tout est allé très vite. Mardi dernier, une amie de ma mère (suivie de ma cousine) m’a fait passer l’annonce pour le job, mercredi j’étais en entretien (entretien que j’avais conclu par un “J’espère que les candidates qui passeront après seront nulles ! ” aussi spontané que culotté) et jeudi matin je débutais ma mission. Comme quoi, dire des bêtises ça sert. J’ai un peu honte quand je repense à cette phrase qui est sortie toute seule mais je ne la regrette pas. D’autant plus que j’avais vraiment le profil.


Ce boulot se trouve à même pas un quart d’heure à pied de l’appartement de ma copine Sosso chez qui je suis et c’est un vrai bonheur de longer la mer chaque matin et chaque soir. Franchement, quelle qualité de vie incroyable ! Mais le 1er octobre, ce sera terminé et il faudra que je trouve un autre toit pour vivre. Le plan pour le moment est de récupérer l’appartement de ma copine Yaël (décidément, que serais-je sans mes copines ?) mais il y a deux éléments qui m’ennuient un peu : ça ne pourra officiellement pas se faire avant le 1er novembre et, deuxième hic, le prix du loyer est quelque peu au-dessus de mes moyens. Mais il faut ce qu’il faut pour avoir un appartement top, entièrement meublé et, qui plus est, bien situé. La solution ? Trouver un petit boulot d’appoint pour compléter mes revenus. A creuser, donc.

Ces considérations mises à part, je suis assez fatiguée car je ne dors pas assez mais je vais vite reprendre le pli de la vie de salariée debout tous les matins à 8 heures après avoir passé ces derniers mois à faire des grasses matinées de marmotte israélienne (c’est du propre). Le week-end je prends un bouquin et je vais à la plage (qui se trouve à 3 minutes à pied de la maison, quelle merveille), le soir je vais marcher sur la promenade qui borde la plage, j’essaye de ne pas trop craquer dans les restos et magasins même si la tentation et partout… Bref, la vie active sous le soleil et au bord de la mer ! Les touristes ne sont plus là et l’humidité estivale commence à se calmer. Ca fait du bien.


Mon anniversaire arrive à grands pas, dans six petits jours maintenant. J’ai toujours un petit pincement au coeur quand je pense que je serai loin de mes parents, de mes soeurs et de mes copines françaises… Mais c’est la vie ! Et, en guise de lot de consolation, mon père a prévu de venir faire du volontariat en novembre (youpi !) et moi j’ai prévu de venir passer une semaine à Paris pour les fêtes. A défaut d’autre chose, c’est toujours ça de pris !

Et vous, comment ça va ? Vous me manquez.

 

Des chiffres (et pas de lettres)

Petit bilan chiffré des mes débuts dans la Ville Blanche :

  • Nombre de jours depuis mon arrivée : 4
  • Température moyenne : 28°C
    (température ressentie : 52)
  • Taux d’humidité : 400 %
  • Nombre de fois où j’ai dit aux gens que je rencontrais “Je t’embrasse pas, je colle” : 48
  • Nombre de visites d’appartements : 1
  • Nombre de CVS envoyés : 23
  • Nombre de repas au restaurant : 3
  • Nombre de kilomètres marchés : 36
  • Nombre de personnes qui m’ont mal regardée parce que je me promène en short : 0
  • Nombre de jours restants pour trouver un job et un appart : 25

Allez allez, ça va bien se passer !

 

Bonjour Tel Aviv !

Après un déménagement pour le moins sportif et émouvant (ça été dur de quitter Sandra et notre appart qu’on aimait tant), me voici officiellement habitante de Tel Aviv. Ça fait tout drôle ! Mais je pense que je vais m’y faire.

Adieu les montagnes, l’air frais, le Kotel, la Tahana Rishona, les soirées au shouk, le footing le long des rails… Bonjour la mer, la chaleur, les tentations à chaque coin de rue et l’énergie !

Ce mois-ci, j’ai deux objectifs : trouver un appart (car je ne vais pas rester plus d’un mois chez Sosso) et trouver un job. Mon CV est refait et j’ai déjà répondu à des annonces. Maintenant que les vacances sont terminées, c’est le moment de le diffuser ! Je sais qu’à Tel Aviv les opportunités seront plus nombreuses qu’à Jérusalem.

Evidemment, il faudra également que je continue à bûcher mon hébreu car l’oulpan n’est pas fini et je voudrais mettre à profit ce dernier mois pour continuer à progresser (je sens que je me suis vraiment améliorée et ça fait plaisir).

Dans les objectifs à plus long terme, il faut aussi que je passe l’équivalence de mon permis de conduire et, pour ça, je crois que ne plus être dans les montagnes est une bonne chose (va de rétro, le démarrage en côte !).

Voilà où nous en sommes pour le moment, donc ! Un nouveau départ et une nouvelle vi(ll)e (jeu de mot emprunté, merci Pogué !). En attendant, Chabbat Chalom et à bientôt.

Virages

Voilà un petit bout de temps que je n’ai pas donné de nouvelles, non pas par manque de temps mais par négligence (c’est important de reconnaître ses défauts alors, tant qu’à faire, allons-y gaiement).

La vie suit son cours plutôt calmement mais plusieurs nouveautés sont à signaler pour la nouvelle collection été/automne 2016.

– Jai repris un oulpan. Deux fois par semaines, à raison de deux heures et demi, je retrouve les bancs de l’école pour continuer ma progression dans la langue de Ben Yehuda. Ce n’est pas toujours facile, j’apprends beaucoup de nouvelles choses, j’ai des devoirs d’une leçon sur l’autre et le niveau est vraiment adapté. Je ne suis ni dans la queue du lion ni dans la tête du renard, je suis à ma place. Je suis contente de m’être “enrôlée” pour trois mois supplémentaires, même si ça veut dire que je ne partirai pas en vacances cet été. Mais très franchement, je pense que l’apprentissage de l’hébreu est largement prioritaire. Et, comme le dit très justement ma sœur Sophie, je n’ai pas besoin de partir en vacances car “j’habite déjà en vacances”.

– J’habite en vacances, certes, mais je travaille tout de même. Ma mission à l’agence se termine hélas bientôt. Début août, ce sera fini. Depuis février, je m’étais habituée à mon bureau, mes collègues… J’ai eu des espoirs de nouvelles opportunités au sein de l’agence mais elles ne se sont pas concrétisées malheureusement. Je suis donc en quête d’un nouveau boulot et ce n’est pas évident de chercher en ce moment car…

– Je vais déménager à Tel Aviv. Ce sera le 1er septembre, ça y est, la date est tombée. Sandra va partir donc je vais moi aussi quitter l’appartement. Je pense que j’aurai plus de chances de trouver un emploi à Tel Aviv et puis j’ai mes amies là-bas. Je ne vous cache pas que quitter Jérusalem me fend le cœur mais je pense que c’est la solution qui s’impose. De toute manière, je ne serai pas loin et je pourrai revenir quand le besoin se fera sentir. Ce sera une nouvelle vie au bord de la mer.

– Le titre de ce post me rappelle que je dois passer mon permis de conduire. J’ai la flemme mais il faut que je m’y mette. En réalité, je ne dois pas réellement le passer mais je dois convertir mon permis français en permis israélien et, pour ce faire, je dois passer l’examen. Je pense prendre quelques heures de conduite en amont car je n’ai plus posé mes fesses sur un siège conducteur depuis cinq ans. Oui, ça date.

– Je cours. Une ou deux fois par semaine, je mets ma tenue de sport et je vais courir. Je m’y suis mise depuis le mois de juin et c’est une grande satisfaction. Quand les questions et les incertitudes prennent trop de place dans ma tête, ça me fait le plus grand bien. J’ai trouvé une sorte de circuit ici et c’est vraiment agréable. Si j’avais su qu’un jour je ferais du sport ! Comme quoi tout arrive.

Bonnes vacances et à bientôt 

Le 10 juin

Bon anniversaire Papa et Maman !

Encore un 10 juin loin de vous, vous me manquez. Mais comme tu le dis si bien Papa, la distance ne sépare pas ceux qui s’aiment. Alors, puisque nous ne sommes pas séparés, je vous embrasse et vous serre fort dans mes bras.

Vous qui êtes à l’origine de mes deux soeurs et moi. Vous à qui je dois mon caractère obstiné, mes cheveux blancs, mon impatience, mon intransigeance à la limite de la psycho-rigidité, mes jeux de mots pourris… Mais aussi (et surtout)
toutes les belles qualités humaines que vous m’avez transmises. Vous êtes tous les deux tellement différents et je suis riche de tout ce que vous m’avez inculqué, chacun à votre manière.

Aujourd’hui nous ne sommes pas ensemble mais, il y a quelques semaines, vous étiez ici avec moi et c’était une grande joie de pouvoir passer du temps avec vous dans mon (notre !) pays. L’occasion de faire le plein de photos, de câlins et de souvenirs. J’espère que nous nous reverrons bientôt.

Je vous aime de tout mon cœur

Yom HaShoah

Cette année marque mon deuxième Yom HaShoah en Israël. Avec le recul, je trouve incroyable de n’avoir jamais commémoré ce jour quand je vivais en France et je me sens limite honteuse pour ça. Mais l’heure n’est pas à l’autoflagellation.

Chaque année pour Yom HaShoah, nous nous souvenons de ceux qui ont péri pendant l’Holocauste parce que Juifs. En Israël, de nombreux événements sont organisés, notamment des rencontres avec des rescapés – soit dans les salons de personnes qui les accueillent (“Zicaron BaSalon”), soit dans des centres culturels. Avec Sandra, nous sommes allées à l’une de ces soirées hier. Nous étions plusieurs personnes dans une salle autour d’un couple, Sonia et Sami Issek, qui étaient venus pour nous raconter ce moment de leur vie.

Elle a été une enfant cachée mais lui a vécu les camps. Il avait 15 ans quand les Allemands l’ont emmené. Il ne pouvait plus trop parler donc c’est sa femme qui nous a conté son histoire. Ce moment où il a dû lâcher la main de son père, envoyé directement en chambre à gaz, ses soeurs qu’il n’a jamais revues, les deux ans où il a tenu comme il pouvait en ne pesant plus que 35 kilos à la fin, la Marche de la Mort, la tartine de margarine qui faisait office d’unique repas de la journée, le froid, les camarades exécutés… Nous avons vu son bras tatoué, ses yeux tantôt tristes, tantôt absents, son corps figé, comme si la vie s’était arrêtée là pour lui. Mais sa femme était là, ainsi que sa fille avec deux de ses enfants. Sa fille qui parlait beaucoup, qui nous disait comment elle avait vécu ça, comment la Shoah avait influencé sa vie, l’éducation de ses enfants, son comportement de maman au quotidien, etc. Elle représentait le triomphe de la vie sur la mort.

Nous sommes sorties de là sonnées et les yeux encore humides. Quand nous sommes rentrées, les rues étaient vides, les magasins avaient baissé leur rideau depuis bien longtemps. A la radio, il n’y avait que des chansons douces et tristes. J’ai fait des gaufres à Sandra, caution réconfort. Nous avons un peu parlé. Et puis nous sommes allées nous coucher.

Ce matin à 10 heures, l’alarme a retenti. J’étais à la maison. J’habite dans une avenue qui est très fréquentée, j’entends toujours les voitures filer à toute heure. Quand l’alarme s’est fait entendre, tout s’est figé. Les voitures se sont arrêtées. Tout le pays s’est arrêté mais moi je n’ai vu qu’une paralysie passagère dans mon tronçon de Derech Hebron. C’est représentatif de ce qu’il s’est passé partout en Israël. Quoi que nous fassions, nous arrêtons tout pour prendre le temps de nous souvenir ces 6 millions de personnes. Une infime fraction de notre journée que nous leur dédions. Et la vie reprend, on rallume la radio et les chansons tristes remplissent de nouveau le salon.

Je ne connais pas de pays qui respecte de manière aussi spéciale et totale son peuple. Je ne connais pas d’unité plus grande et de respect plus poignant. A Yom HaShoah, plus que jamais, je sais pourquoi je suis venue vivre en Israël et je sais que ma place est ici.

 

Le printemps israélien

Le 20 mars est toujours une date importante pour moi. D’abord parce qu’il s’agit de mon demi-anniversaire (et que, oui, même à 32 ans je le fête encore). Et aussi parce que c’est le premier jour du printemps. A Paris, c’est une sorte de soulagement, à chaque fois on se dit que ça y est, on va enfin avoir du beau temps. C’est vrai que ça marche rarement comme ça mais bon, c’est le calendrier qui le dit. Faut pas le contrarier.

Ici en Israël, c’est plutôt l’été. J’ai passé mon vendredi et mon samedi à la plage et j’ai bronzé comme en plein mois de juillet. Je ne peux pas dire que j’ai fait mon Alyah uniquement pour des raisons météorologiques mais, franchement, appelons un chat un chat : c’est LE BONHEUR de voir du soleil tous les jours, d’avoir bonne mine toute l’année, d’être tout près de la mer et d’être en jupe et en débardeur tous les week-ends.

C’est ce que j’ai expliqué (entre autres choses) à des étudiants en journalisme venus en Israël huit jours pour visiter et découvrir le pays. Grâce à ma copine Sophie, nous avons toutes les trois (avec Yaël) déjeuné avec des jeunes gens qui mettaient pour la première fois les pieds en Israël et qui y ont passé une semaine. Ils avaient beaucoup de questions à poser à ces drôles de jeunes femmes qui avaient tout quitté pour venir ici alors que, pour eux, Israël c’était juste une entité politique exclusivement associée aux mots “intifada” et “conflit israélo-palestinien”. J’avoue que j’ai été assez durement surprise par la réalité qui était la leur avant qu’il ne viennent ici et ne se rendent compte que, je cite : “En Israël il y a des gens qui vivent et qui vont au resto”. Nous avons toutes les trois tenté de leur montrer la réalité d’un pays qui n’est, certes pas parfait, mais qui nous convient et dans lequel nous vivons. Avec moins d’argent mais plus intensément, avec plus de soleil et même parfois plus d’insouciance qu’en France. Avec joie, avec ferveur, avec passion (et avec brio). Nous leur avons dit pourquoi nous aimons Israël et pourquoi nous ne regrettons pas notre choix.

Ce qui devait durer le temps d’un déjeuner à Yaffo a finalement largement débordé l’après-midi et nous sommes rentrées en début de soirée. Fatiguées d’avoir beaucoup parler mais heureuses d’avoir pu montrer quelque chose de vrai à une vingtaine d’esprits aiguisés et curieux.

Voilà pour les événements un peu marquants du moment.

A part ça je vais bien. Mon boulot se passe pour le mieux. Cela fait un peu plus d’un mois que j’y suis maintenant et je suis vraiment ravie. Non seulement le temps passe plus vite et je me sens utile mais en plus ce que je fais me plaît. Et quelle fierté de dire que je travaille pour l’Agence Tous Risques ! Alors évidemment, ce n’est que temporaire et j’arrêterai normalement de travailler là-bas dès la fin du mois de mai MAIS je nourris l’espoir d’y rester. On ne sait jamais après tout. Non pas que je sois indispensable mais si l’on reconnaît ma valeur et mon talent (oui oui, n’ayons pas peur des mots, il faut savoir s’envoyer une tulipe de temps à autre – et ça ne m’arrive pas souvent alors j’en profite), peut-être que ce petit contrat temporaire se prolongera. En tout cas je l’espère de tout mon coeur.

Une dernière bonne nouvelle : ma mère vient me voir fin mai ! Dire que je suis contente est un doux euphémisme.

A bientôt !