Tel Avivisme


Voilà 14 jours que je suis officiellement une habitante de la Ville Blanche.

Blanche, ce n’est pas exactement la couleur de ma peau qui absorbe chaque jour une quantité plus ou moins importante de soleil. Nous sommes mi-septembre et pourtant la chaleur n’a toujours pas songé à déserter, le temps est au beau fixe tous les jours sans exception. Oui, je sais que ça fait rêver. Mais je dois avouer qu’il m’arrive parfois d’envier les personnes que je vous à la télé avec des chemises, des pulls, des gilets… Oui, oui, je fantasme sur les fringues d’hiver ! Je ne pensais pas que ça pourrait m’arriver un jour mais voilà un drôle d’effet secondaire de la vie à Tel Aviv.

J’ai trouvé un travail qui me plaît beaucoup et pour lequel tout est allé très vite. Mardi dernier, une amie de ma mère (suivie de ma cousine) m’a fait passer l’annonce pour le job, mercredi j’étais en entretien (entretien que j’avais conclu par un “J’espère que les candidates qui passeront après seront nulles ! ” aussi spontané que culotté) et jeudi matin je débutais ma mission. Comme quoi, dire des bêtises ça sert. J’ai un peu honte quand je repense à cette phrase qui est sortie toute seule mais je ne la regrette pas. D’autant plus que j’avais vraiment le profil.


Ce boulot se trouve à même pas un quart d’heure à pied de l’appartement de ma copine Sosso chez qui je suis et c’est un vrai bonheur de longer la mer chaque matin et chaque soir. Franchement, quelle qualité de vie incroyable ! Mais le 1er octobre, ce sera terminé et il faudra que je trouve un autre toit pour vivre. Le plan pour le moment est de récupérer l’appartement de ma copine Yaël (décidément, que serais-je sans mes copines ?) mais il y a deux éléments qui m’ennuient un peu : ça ne pourra officiellement pas se faire avant le 1er novembre et, deuxième hic, le prix du loyer est quelque peu au-dessus de mes moyens. Mais il faut ce qu’il faut pour avoir un appartement top, entièrement meublé et, qui plus est, bien situé. La solution ? Trouver un petit boulot d’appoint pour compléter mes revenus. A creuser, donc.

Ces considérations mises à part, je suis assez fatiguée car je ne dors pas assez mais je vais vite reprendre le pli de la vie de salariée debout tous les matins à 8 heures après avoir passé ces derniers mois à faire des grasses matinées de marmotte israélienne (c’est du propre). Le week-end je prends un bouquin et je vais à la plage (qui se trouve à 3 minutes à pied de la maison, quelle merveille), le soir je vais marcher sur la promenade qui borde la plage, j’essaye de ne pas trop craquer dans les restos et magasins même si la tentation et partout… Bref, la vie active sous le soleil et au bord de la mer ! Les touristes ne sont plus là et l’humidité estivale commence à se calmer. Ca fait du bien.


Mon anniversaire arrive à grands pas, dans six petits jours maintenant. J’ai toujours un petit pincement au coeur quand je pense que je serai loin de mes parents, de mes soeurs et de mes copines françaises… Mais c’est la vie ! Et, en guise de lot de consolation, mon père a prévu de venir faire du volontariat en novembre (youpi !) et moi j’ai prévu de venir passer une semaine à Paris pour les fêtes. A défaut d’autre chose, c’est toujours ça de pris !

Et vous, comment ça va ? Vous me manquez.

 

Des chiffres (et pas de lettres)

Petit bilan chiffré des mes débuts dans la Ville Blanche :

  • Nombre de jours depuis mon arrivée : 4
  • Température moyenne : 28°C
    (température ressentie : 52)
  • Taux d’humidité : 400 %
  • Nombre de fois où j’ai dit aux gens que je rencontrais “Je t’embrasse pas, je colle” : 48
  • Nombre de visites d’appartements : 1
  • Nombre de CVS envoyés : 23
  • Nombre de repas au restaurant : 3
  • Nombre de kilomètres marchés : 36
  • Nombre de personnes qui m’ont mal regardée parce que je me promène en short : 0
  • Nombre de jours restants pour trouver un job et un appart : 25

Allez allez, ça va bien se passer !

 

Bonjour Tel Aviv !

Après un déménagement pour le moins sportif et émouvant (ça été dur de quitter Sandra et notre appart qu’on aimait tant), me voici officiellement habitante de Tel Aviv. Ça fait tout drôle ! Mais je pense que je vais m’y faire.

Adieu les montagnes, l’air frais, le Kotel, la Tahana Rishona, les soirées au shouk, le footing le long des rails… Bonjour la mer, la chaleur, les tentations à chaque coin de rue et l’énergie !

Ce mois-ci, j’ai deux objectifs : trouver un appart (car je ne vais pas rester plus d’un mois chez Sosso) et trouver un job. Mon CV est refait et j’ai déjà répondu à des annonces. Maintenant que les vacances sont terminées, c’est le moment de le diffuser ! Je sais qu’à Tel Aviv les opportunités seront plus nombreuses qu’à Jérusalem.

Evidemment, il faudra également que je continue à bûcher mon hébreu car l’oulpan n’est pas fini et je voudrais mettre à profit ce dernier mois pour continuer à progresser (je sens que je me suis vraiment améliorée et ça fait plaisir).

Dans les objectifs à plus long terme, il faut aussi que je passe l’équivalence de mon permis de conduire et, pour ça, je crois que ne plus être dans les montagnes est une bonne chose (va de rétro, le démarrage en côte !).

Voilà où nous en sommes pour le moment, donc ! Un nouveau départ et une nouvelle vi(ll)e (jeu de mot emprunté, merci Pogué !). En attendant, Chabbat Chalom et à bientôt.

Virages

Voilà un petit bout de temps que je n’ai pas donné de nouvelles, non pas par manque de temps mais par négligence (c’est important de reconnaître ses défauts alors, tant qu’à faire, allons-y gaiement).

La vie suit son cours plutôt calmement mais plusieurs nouveautés sont à signaler pour la nouvelle collection été/automne 2016.

– Jai repris un oulpan. Deux fois par semaines, à raison de deux heures et demi, je retrouve les bancs de l’école pour continuer ma progression dans la langue de Ben Yehuda. Ce n’est pas toujours facile, j’apprends beaucoup de nouvelles choses, j’ai des devoirs d’une leçon sur l’autre et le niveau est vraiment adapté. Je ne suis ni dans la queue du lion ni dans la tête du renard, je suis à ma place. Je suis contente de m’être “enrôlée” pour trois mois supplémentaires, même si ça veut dire que je ne partirai pas en vacances cet été. Mais très franchement, je pense que l’apprentissage de l’hébreu est largement prioritaire. Et, comme le dit très justement ma sœur Sophie, je n’ai pas besoin de partir en vacances car “j’habite déjà en vacances”.

– J’habite en vacances, certes, mais je travaille tout de même. Ma mission à l’agence se termine hélas bientôt. Début août, ce sera fini. Depuis février, je m’étais habituée à mon bureau, mes collègues… J’ai eu des espoirs de nouvelles opportunités au sein de l’agence mais elles ne se sont pas concrétisées malheureusement. Je suis donc en quête d’un nouveau boulot et ce n’est pas évident de chercher en ce moment car…

– Je vais déménager à Tel Aviv. Ce sera le 1er septembre, ça y est, la date est tombée. Sandra va partir donc je vais moi aussi quitter l’appartement. Je pense que j’aurai plus de chances de trouver un emploi à Tel Aviv et puis j’ai mes amies là-bas. Je ne vous cache pas que quitter Jérusalem me fend le cœur mais je pense que c’est la solution qui s’impose. De toute manière, je ne serai pas loin et je pourrai revenir quand le besoin se fera sentir. Ce sera une nouvelle vie au bord de la mer.

– Le titre de ce post me rappelle que je dois passer mon permis de conduire. J’ai la flemme mais il faut que je m’y mette. En réalité, je ne dois pas réellement le passer mais je dois convertir mon permis français en permis israélien et, pour ce faire, je dois passer l’examen. Je pense prendre quelques heures de conduite en amont car je n’ai plus posé mes fesses sur un siège conducteur depuis cinq ans. Oui, ça date.

– Je cours. Une ou deux fois par semaine, je mets ma tenue de sport et je vais courir. Je m’y suis mise depuis le mois de juin et c’est une grande satisfaction. Quand les questions et les incertitudes prennent trop de place dans ma tête, ça me fait le plus grand bien. J’ai trouvé une sorte de circuit ici et c’est vraiment agréable. Si j’avais su qu’un jour je ferais du sport ! Comme quoi tout arrive.

Bonnes vacances et à bientôt 

Le 10 juin

Bon anniversaire Papa et Maman !

Encore un 10 juin loin de vous, vous me manquez. Mais comme tu le dis si bien Papa, la distance ne sépare pas ceux qui s’aiment. Alors, puisque nous ne sommes pas séparés, je vous embrasse et vous serre fort dans mes bras.

Vous qui êtes à l’origine de mes deux soeurs et moi. Vous à qui je dois mon caractère obstiné, mes cheveux blancs, mon impatience, mon intransigeance à la limite de la psycho-rigidité, mes jeux de mots pourris… Mais aussi (et surtout)
toutes les belles qualités humaines que vous m’avez transmises. Vous êtes tous les deux tellement différents et je suis riche de tout ce que vous m’avez inculqué, chacun à votre manière.

Aujourd’hui nous ne sommes pas ensemble mais, il y a quelques semaines, vous étiez ici avec moi et c’était une grande joie de pouvoir passer du temps avec vous dans mon (notre !) pays. L’occasion de faire le plein de photos, de câlins et de souvenirs. J’espère que nous nous reverrons bientôt.

Je vous aime de tout mon cœur

Yom HaShoah

Cette année marque mon deuxième Yom HaShoah en Israël. Avec le recul, je trouve incroyable de n’avoir jamais commémoré ce jour quand je vivais en France et je me sens limite honteuse pour ça. Mais l’heure n’est pas à l’autoflagellation.

Chaque année pour Yom HaShoah, nous nous souvenons de ceux qui ont péri pendant l’Holocauste parce que Juifs. En Israël, de nombreux événements sont organisés, notamment des rencontres avec des rescapés – soit dans les salons de personnes qui les accueillent (“Zicaron BaSalon”), soit dans des centres culturels. Avec Sandra, nous sommes allées à l’une de ces soirées hier. Nous étions plusieurs personnes dans une salle autour d’un couple, Sonia et Sami Issek, qui étaient venus pour nous raconter ce moment de leur vie.

Elle a été une enfant cachée mais lui a vécu les camps. Il avait 15 ans quand les Allemands l’ont emmené. Il ne pouvait plus trop parler donc c’est sa femme qui nous a conté son histoire. Ce moment où il a dû lâcher la main de son père, envoyé directement en chambre à gaz, ses soeurs qu’il n’a jamais revues, les deux ans où il a tenu comme il pouvait en ne pesant plus que 35 kilos à la fin, la Marche de la Mort, la tartine de margarine qui faisait office d’unique repas de la journée, le froid, les camarades exécutés… Nous avons vu son bras tatoué, ses yeux tantôt tristes, tantôt absents, son corps figé, comme si la vie s’était arrêtée là pour lui. Mais sa femme était là, ainsi que sa fille avec deux de ses enfants. Sa fille qui parlait beaucoup, qui nous disait comment elle avait vécu ça, comment la Shoah avait influencé sa vie, l’éducation de ses enfants, son comportement de maman au quotidien, etc. Elle représentait le triomphe de la vie sur la mort.

Nous sommes sorties de là sonnées et les yeux encore humides. Quand nous sommes rentrées, les rues étaient vides, les magasins avaient baissé leur rideau depuis bien longtemps. A la radio, il n’y avait que des chansons douces et tristes. J’ai fait des gaufres à Sandra, caution réconfort. Nous avons un peu parlé. Et puis nous sommes allées nous coucher.

Ce matin à 10 heures, l’alarme a retenti. J’étais à la maison. J’habite dans une avenue qui est très fréquentée, j’entends toujours les voitures filer à toute heure. Quand l’alarme s’est fait entendre, tout s’est figé. Les voitures se sont arrêtées. Tout le pays s’est arrêté mais moi je n’ai vu qu’une paralysie passagère dans mon tronçon de Derech Hebron. C’est représentatif de ce qu’il s’est passé partout en Israël. Quoi que nous fassions, nous arrêtons tout pour prendre le temps de nous souvenir ces 6 millions de personnes. Une infime fraction de notre journée que nous leur dédions. Et la vie reprend, on rallume la radio et les chansons tristes remplissent de nouveau le salon.

Je ne connais pas de pays qui respecte de manière aussi spéciale et totale son peuple. Je ne connais pas d’unité plus grande et de respect plus poignant. A Yom HaShoah, plus que jamais, je sais pourquoi je suis venue vivre en Israël et je sais que ma place est ici.

 

Le printemps israélien

Le 20 mars est toujours une date importante pour moi. D’abord parce qu’il s’agit de mon demi-anniversaire (et que, oui, même à 32 ans je le fête encore). Et aussi parce que c’est le premier jour du printemps. A Paris, c’est une sorte de soulagement, à chaque fois on se dit que ça y est, on va enfin avoir du beau temps. C’est vrai que ça marche rarement comme ça mais bon, c’est le calendrier qui le dit. Faut pas le contrarier.

Ici en Israël, c’est plutôt l’été. J’ai passé mon vendredi et mon samedi à la plage et j’ai bronzé comme en plein mois de juillet. Je ne peux pas dire que j’ai fait mon Alyah uniquement pour des raisons météorologiques mais, franchement, appelons un chat un chat : c’est LE BONHEUR de voir du soleil tous les jours, d’avoir bonne mine toute l’année, d’être tout près de la mer et d’être en jupe et en débardeur tous les week-ends.

C’est ce que j’ai expliqué (entre autres choses) à des étudiants en journalisme venus en Israël huit jours pour visiter et découvrir le pays. Grâce à ma copine Sophie, nous avons toutes les trois (avec Yaël) déjeuné avec des jeunes gens qui mettaient pour la première fois les pieds en Israël et qui y ont passé une semaine. Ils avaient beaucoup de questions à poser à ces drôles de jeunes femmes qui avaient tout quitté pour venir ici alors que, pour eux, Israël c’était juste une entité politique exclusivement associée aux mots “intifada” et “conflit israélo-palestinien”. J’avoue que j’ai été assez durement surprise par la réalité qui était la leur avant qu’il ne viennent ici et ne se rendent compte que, je cite : “En Israël il y a des gens qui vivent et qui vont au resto”. Nous avons toutes les trois tenté de leur montrer la réalité d’un pays qui n’est, certes pas parfait, mais qui nous convient et dans lequel nous vivons. Avec moins d’argent mais plus intensément, avec plus de soleil et même parfois plus d’insouciance qu’en France. Avec joie, avec ferveur, avec passion (et avec brio). Nous leur avons dit pourquoi nous aimons Israël et pourquoi nous ne regrettons pas notre choix.

Ce qui devait durer le temps d’un déjeuner à Yaffo a finalement largement débordé l’après-midi et nous sommes rentrées en début de soirée. Fatiguées d’avoir beaucoup parler mais heureuses d’avoir pu montrer quelque chose de vrai à une vingtaine d’esprits aiguisés et curieux.

Voilà pour les événements un peu marquants du moment.

A part ça je vais bien. Mon boulot se passe pour le mieux. Cela fait un peu plus d’un mois que j’y suis maintenant et je suis vraiment ravie. Non seulement le temps passe plus vite et je me sens utile mais en plus ce que je fais me plaît. Et quelle fierté de dire que je travaille pour l’Agence Tous Risques ! Alors évidemment, ce n’est que temporaire et j’arrêterai normalement de travailler là-bas dès la fin du mois de mai MAIS je nourris l’espoir d’y rester. On ne sait jamais après tout. Non pas que je sois indispensable mais si l’on reconnaît ma valeur et mon talent (oui oui, n’ayons pas peur des mots, il faut savoir s’envoyer une tulipe de temps à autre – et ça ne m’arrive pas souvent alors j’en profite), peut-être que ce petit contrat temporaire se prolongera. En tout cas je l’espère de tout mon coeur.

Une dernière bonne nouvelle : ma mère vient me voir fin mai ! Dire que je suis contente est un doux euphémisme.

A bientôt !

 

 

חדשות טובות

Voilà longtemps que je ne vous ai pas donné de nouvelles et pourtant, il s’est passé beaucoup de choses ces derniers temps.

Je ne fais plus de posts “Un mois de plus” puisque le seuil de la première année est passé mais ce n’est pas pour autant que j’ai décidé d’abandonner ce petit blog qui n’est plus si petit que ça d’ailleurs.

La grande et bonne nouvelle de ce mois de février (en-dehors du retour du beau temps dans le ciel et donc des collants au fond du placard) c’est que Sandra m’a trouvé un job. Voilà donc un peu plus d’une semaine que je travaille. Et ça fait du bien !

Et où, me direz-vous ? A l’Agence Tous Risques ! C’est drôle de me rappeler mes tout premiers posts où j’étais en pleines formalités administratives et de voir qu’aujourd’hui je suis de l’autre côté. Je suis ravie d’avoir un pied dans cette grande maison et espère y rester longtemps. Pour le moment, c’est une mission à durée déterminée. Je bosse jusqu’à Pessah, je reprend après Pessah et je finirai fin mai. Je suis en charge des inscriptions pour des programmes pour les jeunes de cet été. Il y a deux aspects :
– suivi, relance et gestion des inscriptions et des dossiers des gens. Ça implique de bosser avec un outil informatique et des fichiers Excel. Il y a aussi les coups de téléphone avec les questions, l’accompagnement, les parents inquiets etc. C’est un peu administratif et parfois répétitif mais c’est cool de pouvoir aider les gens quand ils ont besoin. Et moi qui aime le contact, je suis servie.
– marketing sur les réseaux sociaux. Pour attirer un maximum de gens il faut faire de la pub, donner envie. Donc je fais pas mal de webdesign pour créer de beaux visuels (d’ailleurs ma chef les aime beaucoup), j’ai un compte FB spécialement pour le travail et je propose des idées de publication.
Voilà ! Normalement je bosse de 14h à 19h mais en cas de charge de travail plus importante, j’y vais à 12 heures. Ce qui signifie que je dors toujours le matin et ça, c’est un vrai plaisir. Autre plaisir non négligeable, le bureau est à 15 minutes à pieds de la maison et le trajet pour s’y rendre est des plus agréables. Dans le bureau l’ambiance est très sympa, ce ne sont que des Israéliennes (sauf ma boss qui est française) donc nous parlons beaucoup hébreu et c’est bien pour moi.

Petite précision qui a son importance, il s’agit du département religieux, ce qui signifie donc que je suis devenue tsniout ! Chaque jour une nouvelle jupe longue ou mi-longue, ça c’est très nouveau pour moi ! Mais finalement je m’y fais assez bien. J’ai même trouvé une très belle jupe corail chez American Apparel pendant Chabbat à Tel Aviv. Et pendant le Chabbat en question, le short en jeans et le top à bretelles avaient repris leur place. Tous mes “anciens vêtements” ne travaillent plus que le week-end, dirons-nous ! Et je les apprécie d’autant plus.

A part ça mon oulpan le lundi soir me plaît toujours beaucoup. Demain soir, nous aurons même un cours de cuisine entièrement en hébreu ! Je sens que je vais adorer. Mes Chabbat sont toujours aussi agréables. Que ce soit à Jérusalem avec Sandra (au cinéma, chez Ikea ou chez sa soeur) ou bien à Tel Aviv avec Steph ou Yaël (plage, découverte de nouveaux endroits, shopping et délicieux petits plats), je passe toujours de très bons moments en excellente compagnie. De ce côté je ne peux pas me plaindre, j’ai vraiment des copines formidables.

En espérant rester dans cette dynamique positive le plus longtemps possible, je vous envoie plein de soleil.

A bientôt

   
   

Oulpan – acte 2

Ce soir j’ai commencé un nouvel oulpan organisé par la super association Jerusalem Village. C’est un petit oulpan de huit semaines qui est centré sur la vie pratique : vocabulaire de cours de cuisine, bureaucratie, chansons, comment décoder un relevé de banque ou une facture d’électricité. Bref, des choses moins scolaires mais importantes.

Premier cours ce soir. Après des présentations ludiques avec notre nouvelle prof et les élèves, nous avons fait plusieurs jeux de cartes et c’est pas mal de jouer dans une autre langue, ça force à adopter certains réflexes ! Ça a l’air un peu puéril vu de loin mais c’était en réalité très instructif.

Et ce qui m’a aussi beaucoup plu c’est que la prof nous a fait découvrir une super méthode pour apprendre et retenir des mots. Une application de Google qui s’appelle Quizlet et qui permet d’apprendre de manière vraiment géniale. J’ai fait mon premier “set” en rentrant à la maison :

https://quizlet.com/120263268/jeu-de-cartes-flash-cards/

On travaille donc une heure et demi et après on a une demi-heure pour boire un verre de vin et grignoter des petits snacks tous ensemble. Ça fait vraiment une petite formule bien agréable. 

Je sens que je vais adorer mes lundi soirs !

   
    
    
   

 

אני לא כלב

En français dans le texte : je ne suis pas un chien.

On nous le dit à l’Agence Juive : l’Alyah c’est difficile. Je le savais avant de partir, on ne m’a pas prise en traître. Après un peu plus d’un an ici, mon bilan professionnel n’est pas loin de ce qu’on pourrait qualifier de décourageant. Résumé des épisodes précédents :

Avril 2015 : mon premier job dans une agence web marketing francophone. J’écris, je traduis, je publie, je poste beaucoup sur Facebook, je corrige des fautes, j’interviewe des gens. Je suis assez mal payée (32 shekels de l’heure) mais j’ai un avantage considérable : ma boss. Elle valorise mon travail, m’encourage, m’admire même. C’est pas un peu trop ? Ah si, en fait c’est même beaucoup trop. Sous des dehors maternels et protecteurs, ma chef est en réalité une psychopathe qui se met à mal me parler dès qu’elle a trouvé sa nouvelle protégée. Remake de “Harry un ami qui vous veut du bien”, messages à 23h sur Facebook et regards chelous en option. Merci mais non merci.

Août 2015 : serveuse dans une salle de mariages. Mets un pantalon noir, des chaussures noires, fais-toi un chignon, écoute le mec qui hurle des ordres et obéis. Nettoie les couverts avec des lingettes pour bébé, pique des sushis au buffet, sois aimable avec les invités pour espérer gratter un pourboire, ne fais pas tomber ton plateau. Cours d’une table à une autre, apporte des litres et des litres de Coca Zéro à ces Français imbuvables, souris, encore et encore. Ne tombe pas. Ne craque pas. A minuit tu auras terminé et tu ramasseras ta paye. 30 shekels de l’heure et un petit supplément quand ce sont des Russes ou des Américains. Pas de fiche de paye, pas de virement bancaire, mets l’oseille dans la poche de ton pantalon noir et tire-toi. Quand tu en auras marre de te faire humilier par une invitée odieuse, tu auras toujours la possibilité de dire non la prochaine fois qu’on t’appellera. Bonjour, je ne suis pas là, ne laissez pas de message. Biiiiip.

Octobre 2015 : le *** recherche un traducteur ! La chance de ma vie ! Je donne tout, tout, tout. Je dois traduire un article en guise de présélection. Je déchire tout. Normal, traductrice c’est mon boulot. J’ai un joli diplôme qui le dit. Un e-mail un soir me dit “Appelez-moi à telle heure”. A l’heure dite, j’appelle. Tonalité. Et puis ça sonne. Et répondeur. Pourquoi elle ne répond pas ? Ah, mais elle m’a envoyé un e-mail… “C’est vous qui m’avez appelée”. A ce moment, j’aurais dû d’emblée comprendre que ma future boss était complètement conne. Mais j’étais aveugle. On commence. Travail à la chaîne. A la maison. Pas de contact avec l’équipe. Mi-temps à 40 shekels de l’heure. Je traduis non-stop comme une machine avec juste 30 minutes de pause dans ma journée. On me dit d’aller plus vite. On me demande de traduire une tribune de huit pages en deux heures. Quand je dis que c’est impossible, on me suggère d’utiliser Google Translate, les autres traducteurs (sic) de l’équipe le font. J’achève ma période d’essai et je me casse. “Bonne” ça s’écrit pas avec un putain de C.

Décembre 2015 : une agence de traduction recherche des chefs de projet. Ah, ça je sais faire aussi ! Premier entretien au téléphone : nickel. Deuxième entretien en face à face : ça passe. Troisième et dernière étape : simulation d’une journée de travail grâce à un jeu de rôle via Skype. Et là, c’est le drame. En gros, ma mission consiste à recevoir trente mille demandes de traductions par jour, de chercher un traducteur ad-hoc pour chaque demande, négocier les prix, les délais, ménager les clients comme les traducteurs, essayer de répondre en temps et en heure, parfois faire appel à plusieurs traducteurs pour faire une seule traduction en plusieurs parties (oui, ça fait gagner du temps. L’uniformité ? On s’en bat les reins). Et à quel moment je relis ? A quel moment je mets en application mes compétences ? Jamais ? Ah, ok. Il fallait l’écrire, sur votre annonce, que vous cherchiez juste une baby-sitter. Je ne prends même pas la peine de signer un contrat, je rentre vite chez moi après avoir dit que ça n’allait pas être possible.

Janvier 2016 : et si je tentais ma chance comme journaliste dans un magazine ? Celui-ci a l’air sympa. Il est fun et plutôt agréable à lire. Bon, il y a quelques fautes. Mais je pourrai devenir relectrice aussi du coup, non ? J’ai plein d’idées. Rendez-vous avec le rédac’ chef, un type très cool. Il m’annonce qu’il n’embauche pas (au moins c’est clair) et que je dois être free lance si je veux espérer toucher 200 shekels pour un article. Sauf qu’il ne veut même pas d’articles, il veut surtout des brèves pour son site internet. Des brèves, des brèves et encore des brèves. C’est ça qui génère du trafic. Et puis il y a des pubs en ligne. Ah, la pub en ligne, les annonceurs… C’est important ça ! On a besoin d’eux ! Pardon, on s’égare. Alors une brève c’est 200 mots et une image libre de droits, ça se pond et se livre par pack de dix et c’est payé 300 shekels. Donc si je comprends bien, je récupère des actus de sites américains, je les plagie honteusement, je cherche des photos et je touche même pas 70 euros pour tout ça ? Torchez-vous avec votre canard, les mecs, et étouffez-vous avec vos fautes d’orthographe de niveau CE2.

Février 2016 : Prof. Voilà un métier qui me va. Steph me dit qu’elle me voit bien dans cet uniforme-là. Je suis patiente, je suis pédagogue, j’explique bien et j’ai un bon contact avec les gens. Quand j’étais ado, j’enseignais le français aux jeunes enfants d’ambassadeurs. Quand j’étais adulte, j’enseignais les réseaux sociaux aux ingénieurs chez Alcatel-Lucent. Aujourd’hui, c’est le *** que j’ai dans le viseur. Une référence, mieux, un rêve ! Prof d’anglais pour des Israéliens. Je me vois déjà en classe. Il faut faire de la conversation et de la grammaire. Les gens lèvent la main, je dis oui, ils parlent, je les corrige en écrivant la bonne formule au tableau. Je suis leurs progrès, leur évolution. Un premier entretien au téléphone. Puis un deuxième à Tel Aviv en face à face où j’apprends que je serai payée 30 shekels de l’heure pour travailler dans des conditions de call center. Par shifts de cinq heures, de 7 heures du matin à midi ou de 17 heures à 22 heures, je me mets face à un ordi. J’ouvre un fichier avec les gens que je dois appeler. J’ai leur nom, numéro, tout. J’appelle. On parle un quart d’heure. Je raccroche. J’ai cinq minutes pour rentrer dans le système informatique les erreurs, les améliorations et autres détails importants. Et je repars pour un quart d’heure avec une nouvelle personne. Et ainsi de suite jusqu’à ce que mon shift soit terminé. Hier la recruteuse m’a appelée pour me dire que j’étais une excellente candidate et que je commençais si je le souhaitais la semaine prochaine. Mais avant même de m’engager, de devenir folle et de devoir démissionner, j’ai annoncé que je n’étais pas intéressée et j’ai décliné. En langage familier, ça s’appelle un vent. Ou un râteau.

Voilà donc mon parcours. Voilà où j’en suis aujourd’hui. Je passe sur mes saugrenus entretiens pour des postes d’assistante ou de secrétaire. Pas pour moi. Je continue mes recherches de boulot majoritairement sur Internet. Mes perspectives sont, pour le moment, assez obscures. Me mettre à mon compte est une solution que j’ai considérée mais qui occasionne trop de frais. Alors j’épluche les annonces comme on épluche des légumes. Inlassablement et patiemment, avant ébullition.

Je considère – tout à fait objectivement – que mon parcours professionnel est tout ce qu’il y a de plus valable. J’ai des compétences linguistiques solides, je sais écrire, gérer des projets, je suis à l’aise sur le web, je sais communiquer parfaitement à l’écrit et à l’oral, je suis rigoureuse, ordonnée, professionnelle, ponctuelle, j’ai le sens du détail et la culture du travail bien fait, je m’adapte rapidement. Je suis SERIEUSE. Je ne suis pas une sous-douée. Je ne suis pas un chien. Et j’ai besoin d’un job. Est-ce trop demander ?